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Japon : la vague invisible

Posted on: 2 juin 2011


Source article:http://www.mondomix.com/Japon : la vague invisible

02/06/2011

Réalisateur de documentaires, Arno V. se trouvait sur la côte sud-est du Japon le 11 mars 2011 lorsque le tsunami a frappé le pays à quelques centaines de kilomètres plus au nord. Récit.

 

 

Les sanctuaires d’Ise sont l’un des sites les plus vénérés du Japon. La profondeur des forêts, la beauté des constructions en bois, les allées de galets blancs parfaitement ordonnées soulignent la spiritualité du lieu, qui accueille chaque année des millions de pèlerins, ainsi que quelques touristes qui viennent respirer son atmosphère particulière, fragile et pénétrante. Le son délicat d’une rivière, le chant du vent dans les feuilles résonnent ici d’une saveur différente. Car l’un des concepts majeurs de la religion shintô réside dans le caractère sacré de la nature. Jusque dans sa capacité à être parfois violente, à infliger un châtiment ou une malédiction. C’est ici que j’ai entendu sonner l’alerte…

 

 

 

 

J’étais au Japon le 11 mars 2011 à 14h46. Et pourtant je n’ai rien vu, rien senti. Pas la moindre secousse, pas l’ombre d’une catastrophe. Pas une goutte de sang, pas un éclat de verre. Rien. Etonnant de se trouver au Japon à l’instant de l’un des plus dramatiques séismes de l’histoire, suivi d’une série de catastrophes en chaînes, et de ne pas l’avoir senti… Etonnant de voir que la distance rend la réalité plus diffuse, lui donne des allures de fiction et crée une peur contagieuse. Vu de France, il semblait bien que le pauvre archipel, perdu entre Pacifique et mer de Chine, avait tout entier été ébranlé par le drame. Mais la catastrophe était en réalité circonscrite dans l’espace, et, pour tout dire, ma seule authentique angoisse n’est apparue qu’à la lecture des mails venus de France, qui semblaient annoncer l’apocalypse.
 

 

 

Je n’étais pourtant pas très loin de la mer ce vendredi noir. J’avais entendu sonner plusieurs fois une sirène, sans vraiment savoir ce qu’elle signifiait, quand j’ai croisé au bord d’un canal un habitant souriant qui s’écriait « Tsunami, tsunami ! », en m’expliquant dans un anglais approximatif qu’une vague, venant de la mer, aller remonter le canal. Qu’elle devrait mesurer un ou deux mètres de haut par ici. Pas vraiment de quoi être inquiet. Il avait même l’air plutôt curieux, presque content. Les Japonais ont une habitude des tremblements de terre qui leur confère un certain détachement face à ce type d’événements. Alors j’ai grimpé sur un pont, et attendu la vague. Elle n’est jamais venue.
 

 

 

 

 

 

 

Le lendemain, j’ai voulu aller voir la mer. Pas de bus. Plus de trains. J’ai dû louer un vélo. Toute la côte est vivait dans la crainte d’une éventuelle réplique, mais on m’avait expliqué que la zone où je me trouvais n’était en réalité pas dangereuse. L’eau semblait étrangement noire. Mais comment savoir si c’était une caractéristique de la région ou la conséquence des mouvements océaniques ? A quelques centaines de kilomètres de là, une vague avait tout emporté la veille : des vies, des villes, des bateaux, des destins… Quelques centaines de kilomètres, c’est beaucoup et tellement peu. Sur mon petit vélo, l’instant avait quelque chose de troublant, de touchant. Tu pédales et la roue tourne. Ça peut paraître normal, mais pour tant d’autres elle s’était arrêtée la veille…

 

 

 

 

 

 

Alors j’ai continué à faire tourner ma roue. Pas celle du vélo, mais celle de mon voyage, celle du temps qui passe, la vie quoi… Je suis allé respirer un peu du souffle mystique qui anime le mont Koya : une multitude de temples bouddhistes voisine un incroyable cimetière de 200 000 tombes, au cœur d’une forêt de cèdres plusieurs fois centenaires. La magie de l’endroit souligne là encore l’idée que la culture et la spiritualité japonaises sont intimement liées à la puissance de la nature. Etrange écho d’une catastrophe naturelle qui venait entretemps d’accoucher d’une menace nucléaire. Décidément, les estampes japonaises de ce mois de mars étaient marquées d’un coup de crayon gras et sombre. La noirceur du tableau contrastait violemment avec l’harmonie et le raffinement mis en valeur partout dans le pays. Petit exemple de cette élégance : le jour du printemps est férié. C’est tellement concret et anecdotique que ça en devient poétique… S’offrir un jour pour savourer le moment où les derniers flocons de neige croisent les premières floraisons printanières. S’offrir un jour pour contempler le renouveau de la nature. Comme si tout ici ne devait être que beauté et légèreté…

 

 

Pendant ce temps, une centrale colérique crachait ses rejets radioactifs. C’était bien le mois de tous les décalages au Japon. Décalage des différents traitements médiatiques. Décalage entre l’angoisse diffuse ressentie par mes proches et la quiétude de mes pérégrinations. Décalage entre la violence d’une catastrophe naturelle et la menace prolongée, angoissante, d’une catastrophe industrielle dont il est impossible de mesurer l’impact, bien plus insidieux. Décalage entre la beauté d’un pays et l’horreur de son actualité. Entre la douleur de milliers de victimes et mon bonheur de pouvoir courir le monde… Ironie de faire des milliers de kilomètres pour découvrir une destination, et finalement s’approcher tout près du pire. Ressentir pleinement le règne de l’aléatoire, et mesurer ma chance quand d’autres me pensaient en danger. C’est décidé, je ne ferai plus de vélo qu’en roue libre…
 

 

 

 

 


 

 

Texte et photographies : Arno V.

2 Réponses to "Japon : la vague invisible"

Superbe article , et sur le Japon, et sur la vie et la mort. Oui, tout peut s’arrêter pour tout un chacun dans la minute qui suit. Rendons-nous compte de la chance que nous avons, sans se culpabiliser, et vivons, en essayant toujours d’aider quand nous pouvons.

Bonjour🙂
Je rejoins Murielle, c’est un bel article. On y perçoit tout le décalage entre l’orient et l’occident. Le calme serein de ces gens contre le tumulte occidental. Lors du concert de soutien donné dans ma ville, le directeur de l’école de Japonais nous a dit qu’il était là-bas au moment de la catastrophe, mais que ce n’est que de retour en France qu’il a réalisé l’ampleur du drame.
Je suis d’accord avec toi Murielle, il faut vivre l’instant présent, avoir de la gratitude pour ce qu’on est et ce qu’on a, et aider dans la mesure de nos moyens.
Les médias ne parlent plus guère du Japon, cela ne fait plus vendre. Il ne faut pas pour autant oublier les sinistrés, continuons de prier pour eux, d’allumer des bougies et de leur envoyer nos pensées positives…

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